le journal Savoir Utile
Jean-Marie Carrara, articles, le 23 juillet 2015
Le télétravail est-il réellement productif ?

L’ordinateur portable puis le développement rapide des technologies de l’information et de la communication et enfin, la chute importante des coûts de transmission ont permis au télétravail d’émerger jusqu’à conquérir, aujourd’hui, près de 15% des salariés.

Autonomie et responsabilisation pour les uns, dilettantisme pour les autres, le télétravail heurte les schémas culturels de management hérités d’une conception du travail remontant au 19e siècle.

Il convient donc, de vérifier dans quelles conditions le télétravail peut-être aussi, voire plus productif, que le travail effectué dans l’enceinte de l’entreprise.

« Présence » n’est pas synonyme de « productivité »
Le travail à la chaîne imposait la présence d’opérateurs sur le lieu de production.

Le temps de présence des opérateurs était alors directement proportionnel à leur productivité.

De nombreuses autres tâches comme, par exemple, celles relatives à la gestion de l’entreprise ne souffraient pas des contraintes de production à la chaîne, pouvaient s’effectuer de façon décalée.

Pourtant, en raison de la méfiance des responsables quant au dévouement et aux capacités d’un personnel sur lequel il convenait d’avoir l’œil en permanence, ces tâches continuaient à être réalisées également au sein de l’entreprise (l’externalisation des tâches est un concept très récent).

Les entreprises recouraient alors à un management de proximité fortement hiérarchisé.

Cependant, fort coûteux, cet encadrement strict s’effilocha au fil du temps.

Le contrôle humain a été remplacé par des pointeuses qui ne contrôlaient plus alors, que les heures de départ et d’arrivée du personnel.

Le temps de présence était devenu synonyme de temps de travail, de temps travaillé et de productivité.

La réalité en était bien éloignée et Georges Courteline l’a décrite, de mains de maître, par dans ses œuvres.

C’est, pourtant, ce schéma qui, aujourd’hui encore, hante l’esprit des managers actuels et des employés.

Le télétravail : des avantages pour tous

Le télétravail apporte de nombreux avantages aux Etats : une amélioration de la fluidité du trafic routier pour accéder aux agglomérations et y circuler, avec la réduction des nuisances qui en résulte sur la pollution de l’air, une redistribution des emplois sur le territoire avec un accroissement du nombre d’actifs dans les espaces périurbains et ruraux.

Le télétravail apporte aussi de nombreux avantages aux entreprises : réductions de la surface de bureaux, meilleures flexibilité des heures de travail, personnel non soumis à la pénibilité des déplacements domicile-travail (fatigue, énervement, stress), accès à des compétences externes rares et/ou, peu disponibles.

Le télétravail est enfin très avantageux pour les télétravailleurs : autonomie, flexibilité, meilleur équilibre vie privée / vie professionnelle, effacement des pertes de temps liées au trajet domicile/travail.

Le télétravail : des inconvénients pour certains

Moins de complicité avec les autres membres de l’équipe à un moment où le travail collaboratif est de plus en plus important, risque et/ou sentiment d’isolement, d’éloignement, d’oubli de la part de la hiérarchie (loin des yeux, loin du cœur), baisse d’implication dans la stratégie de l’entreprise, nécessité de disposer à son domicile d’un espace permettant le télétravail, etc. Autant d’inconvénients qui viennent modérer les avantages que le télétravail peut apporter aux salariés.

Les entreprises ressentent aussi de nombreux inconvénients dans le télétravail : évolution indispensable des mentalités, tant au niveau du management que du personnel , mise en place de nouveaux outils de management pour définir précisément les tâches attribuées aux télétravailleurs, pour établir les critères de qualité des tâches confiées, pour établir les délais de réalisation des tâches distribuées enfin, et sans que cette liste soit exhaustive, pour déterminer les indicateurs de productivité permettant de suivre l’efficacité des télétravailleurs.

Alors, plus productif ou non ?

Toutes les expériences menées montrent que, sous réserve de l’adaptation du télétravailleur à cette nouvelle forme d’activité et d’une définition précise des tâches effectuées, le télétravailleur est beaucoup plus productif que le travailleur confiné dans l’enceinte de l’entreprise.

Dans une étude récente, la société Citrix affirme à cet égard que si, en rentrant directement chez lui pour y travailler après un rendez-vous client plutôt que de repasser par le bureau, un travailleur de ce type pourrait gagner jusqu’à trois heures d’activité.

L’étude montre, de surcroît, que, lorsque l’on demande aux « travailleurs intellectuels » ce qu’ils font du temps gagné sur les transports, ils disent très majoritairement qu’ils en profitent… pour travailler davantage !

Conclusion
Si de plus en plus de salariés sont conquis par le télétravail, les mentalités au niveau des managers et des personnels restent encore à changer pour que le télétravailleur ne soit plus considéré comme un dilettante mais comme un personnel à part entière.

Cette évolution devrait être d’autant plus rapide que la productivité des télétravailleurs est très supérieure à la productivité des personnels travaillant dans l’enceinte d’une entreprise et ce, notamment, en raison de l’augmentation substantielle du rapport « temps effectivement travaillé » sur « temps de présence » et d’une efficacité plus grande dans le traitement des tâches notamment en début de journée, c’est-à-dire, au moment le plus productif de la journée en raison de la réduction du stress résultant du trajet domicile/travail.

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